La non-qualification de l’équipe nationale belge de handball à l’Euro 2026 pose une nouvelle fois une question devenue presque habituelle : pourquoi la Belgique est-elle absente des grandes compétitions internationales ? Hormis le Mondial 2023, auquel les Red Wolves ont participé à la suite de la disqualification de la Russie, le handball belge peine à s’inviter durablement sur la scène européenne et mondiale.
Pendant ce temps, certaines nations que l’on ne citait que rarement il y a dix ou quinze ans se qualifient aujourd’hui avec une régularité impressionnante. Le Portugal hier, les Îles Féroé et les Pays-Bas aujourd’hui, et que dire de l'Ukraine, l'Italie et de nos adversaires de mars prochain, la Grèce : tous ont su structurer un projet cohérent et sur du long terme.
Alors, une question s’impose : qu’est-ce qui manque à la Belgique ?
Un problème de priorités plus que de talent
Le handball belge ne manque pas de joueurs et d’entraîneurs motivés, ni de passion. Dans les clubs, chez les jeunes, l’envie est bien présente. Mais le problème semble se situer ailleurs : dans les priorités stratégiques et les choix structurels faits au fil des années.
Les moyens financiers limités sont souvent mis en avant et à juste titre. Le handball reste un sport secondaire en Belgique, loin derrière le football, le cyclisme ou même le hockey. Les budgets sont restreints, les infrastructures parfois insuffisantes, et les projets doivent souvent être menés avec des ressources minimales.
Mais l’argent, à lui seul, n’explique pas tout.
Le facteur humain : le véritable talon d’Achille
Sans entraîneurs de qualité, il est illusoire d’espérer des équipes nationales compétitives. Or, c’est peut-être là que se situe le véritable cœur du problème : le manque de formation approfondie des entraîneurs, en particulier des entraîneurs formateurs et les moyens financiers que l’on y accordent.
Former des joueurs internationaux commence bien avant les sélections nationales. Cela commence à 10, 12, 14 ans, avec des éducateurs capables de transmettre non seulement des compétences techniques, mais aussi une vision moderne du handball, une compréhension du jeu, et une exigence quotidienne.
Aujourd’hui, trop peu d’entraîneurs belges ont la possibilité ( ou les moyens ) d’évoluer dans un cadre réellement professionnalisant sur le territoire national. Certes, la Ligue francophone de handball a mis en place des partenariats, notamment avec la Ligue Grand-Est en France, offrant des opportunités d’échanges et d’apprentissage à l’étranger. Ces initiatives sont positives et nécessaires, mais elles soulèvent une question fondamentale : faut-il toujours aller chercher ailleurs ce que nous ne parvenons pas à construire chez nous ?
S’inspirer de modèles étrangers est une richesse, mais la dépendance permanente à des structures extérieures révèle surtout l’absence d’une véritable culture belge de formation des entraîneurs et cela impact directement les joueuses et les joueurs.
Sans vision claire, sans identité propre et sans fil conducteur commun entre les clubs, les académies et les sélections, les projets sportifs restent fragiles. Construire une culture handballistique nationale, adaptée à nos réalités et portée par nos propres formateurs, n’est peut-être plus un luxe, mais une nécessité.
Les académies : une bonne idée, mais à quel prix ?
Ces dernières années, plusieurs projets d’académies ont vu le jour, notamment à Anvers, dernièrement à Eupen et prochainement à Visé. Sur le papier, l’idée est excellente : centraliser les talents, offrir un encadrement renforcé et créer une passerelle vers le haut niveau.
Mais là encore, une question fondamentale s’impose : est-ce réellement le bon moment pour développer ce type de structures, lorsque les lacunes en matière de formation des entraîneurs formateurs sont encore si importantes ? Une académie ne peut exister que par la qualité de son encadrement. Elle exige un staff hautement qualifié, un suivi médical et physique à la hauteur des enjeux, ainsi qu’une compréhension fine des priorités sportives et humaines des joueurs et joueuses de demain.
Sans entraîneurs suffisamment formés, capables de travailler dans une logique de développement à long terme, le risque est grand de construire des structures ambitieuses sur des fondations fragiles. Sans réelle continuité avec les clubs formateurs, ces académies pourraient rapidement devenir des coquilles vides. Le danger n’est alors plus seulement de manquer de moyens, mais de brûler les étapes en multipliant les projets sans avoir, au préalable, investi dans l’essentiel : l’humain.
Une autre question, tout aussi cruciale, découle directement de ce constat : les joueurs et les joueuses qui rejoignent ces académies aujourd’hui sont-ils réellement équipés pour tendre vers le haut niveau ? Au-delà du talent et de la motivation, le haut niveau exige une maîtrise technique fine, une intelligence de jeu développée, une préparation physique adaptée, mais aussi un accompagnement mental et éducatif solide. Si les bases ne sont pas suffisamment acquises en amont, l’académie risque de devenir un lieu de rattrapage plutôt qu’un accélérateur de performance.
Former des joueurs capables de rivaliser au niveau européen ne peut se limiter à un changement de structure à 15 ou 16 ans. Cela suppose un travail de fond dès les catégories les plus jeunes, porté par des entraîneurs formateurs compétents et alignés sur une vision commune. Sans cela, même les meilleures académies auront du mal à transformer le potentiel en véritable haut niveau.
Faut-il repenser le modèle des équipes nationales ?
La question peut paraître provocante, mais elle mérite d’être posée : serait-il judicieux de suspendre, temporairement, les équipes nationales adultes dames et hommes ? Non pas comme un abandon, mais comme un recentrage stratégique. Utiliser ces ressources ( financières, humaines, organisationnelles ) pour investir massivement dans la formation des entraîneurs, dans les clubs formateurs, et dans une vision à long terme avec comme priorité le développement de la jeune joueuse et du jeune joueur.
Car sans base solide, les sélections nationales ne sont que la vitrine d’un système fragile. Former mieux aujourd’hui, c’est peut-être accepter de ne pas voir de résultats immédiats, mais espérer, demain, une génération capable de rivaliser réellement sur la scène européenne et mondiale.
Indirectement, un tel travail de fond aurait également des effets bénéfiques bien au-delà du terrain. Des équipes nationales plus compétitives renforceraient l’identification, l’attrait médiatique du handball belge et, par ricochet, l’intérêt des partenaires privés. Cette visibilité accrue favoriserait aussi l’augmentation du nombre d’affiliés dans les clubs, créant un cercle vertueux où performance sportive, développement de la base et stabilité économique se nourrissent mutuellement.
Et pourquoi pas nous, finalement ?
La Belgique n’est pas condamnée à rester spectatrice des grandes compétitions. Mais cela implique des choix courageux, une remise en question profonde, et une vision à long terme qui dépasse le simple objectif d’une qualification.
D’autres pays, avec des moyens comparables (voire inférieurs au départ) ont réussi. Ils l’ont fait en investissant d’abord dans l’humain. La question n’est donc peut-être pas de savoir si la Belgique peut se qualifier pour un Euro ou un Mondial.
La vraie question est : sommes-nous prêts à en payer le prix, humainement et structurellement ?